INCLUSION FINANCIÈRE : Les stratégies du Trésor Public pour capter l’épargne de la diaspora ivoirienne

Après le succès des Eurobonds, et dans le cadre de la poursuite de l’optimisation des ressources intérieures, le Trésor Public ivoirien ambitionne de capter désormais l’épargne des ivoiriens, vivant à l’extérieur. L’on se souvient qu’en 2018, les Eurobonds émis par l’Etat de Côte d’Ivoire avaient permis de mobiliser 1,7 milliard d’euros soit l’équivalent de 1 115,1 milliards de francs Cfa. « Il s’agit de ressources étrangères. Mais avant de solliciter l’argent des étrangers, il faut compter sur soi-même », a fait observer le Payeur Général du Trésor, CISSE Abdoul Kader, Chef d’une des délégations du Trésor Public en collaboration avec la Direction Générale des Ivoiriens de l’Extérieur, qui sillonne plusieurs missions diplomatiques et postes consulaires pour contribuer à développer la culture de l’épargne de la diaspora via les marchés financiers.
Ainsi, il s’est tenu le samedi 26 octobre dernier, à Paris, une conférence afin d’expliquer, de sensibiliser et d’inviter les ivoiriens résident en France à faire fructifier leurs épargnes à travers les produits financiers offerts par le Trésor Public de Côte d’Ivoire.
YOBOUE Antoine, Conseiller Technique du Directeur Général du Trésor et de la Comptabilité Publique, a précisé que l’un des axes stratégiques du Plan Stratégique de Développement 2016-2020 du Trésor Public, inspiré lui-même du Plan National de Développement pour la même période, est d’accroitre et de pérenniser les capacités de financement de l’Etat de Côte d’Ivoire. Ainsi, en 2019, le Trésor Public de Côte d’Ivoire a lancé plusieurs opérations structurantes notamment la poursuite de la gestion dynamique de la dette par deux opérations de reprofilage sur le marché financier régional de l’UEMOA pour un montant total de plus de 310 milliards FCFA. Il a ajouté que dans le cadre de la stratégie de mobilisation de ressources, le Trésor Public de Côte d’Ivoire met tout en œuvre pour la diversification des instruments financiers et l’élargissement de la base des investisseurs. Les caractéristiques de ces produits financiers allient à la fois rentabilité et sécurité car les taux d’intérêt se situent dans la fourchette haute du marché et largement supérieur à la rémunération des comptes d’épargne d’une part et ces produits bénéficient de la garantie souveraine de l’Etat de Côte d’Ivoire d’autre part. « L’Ivoirien vivant à l’étranger est gagnant parce qu’il place son argent dans des ressources sûres et rentables. Le rôle de l’Etat est de répondre aux besoins d’investissements des Ivoiriens où qu’ils soient. Quand on est à l’étranger, on a besoin d’investir dans son pays d’origine », explique CISSE Abdoul Kader.
Afin de profiter de ces opportunités d’investissement, la diaspora a été invitée à ouvrir un compte (courant et/ou d’épargne) à la Banque des dépôts du Trésor. Les conditions d’ouverture de ces comptes ont été présentées lors des conférences. A terme, lorsque les ivoiriens, vivant à l’extérieur auront démontré leur appétit pour les produits financiers du Trésor, un produit d’emprunt sur mesure pourrait être émis par l’Etat de Côte d’Ivoire à leur profit pour financer une infrastructure. « On parlera de diaspora bonds », précise YOBOUE Antoine. La mise en œuvre d’une telle opération passera également par une meilleure cartographie des ivoiriens, vivant à l’extérieur. Au demeurant, si les Ivoiriens de l’extérieur dont le potentiel financier se manifeste à travers la microfinance, la création de petites entreprises, l’investissement dans l’immobilier, les réseaux de distribution et le transfert de capitaux, adhèrent en grand nombre à cette sensibilisation, le lancement à moyen terme d’une opération d’emprunt dédiée à la diaspora devrait connaître approximativement le même succès que les Eurobonds. Car il ressort de certaines études que la diaspora ivoirienne transfère en moyenne en Côte d’Ivoire un peu plus de 200 milliards de Francs CFA (sur quelle période ? année ? quelle source ?), soit 1 % à 2 % du Produit Intérieur Brut (PIB)
A l’approche de la prochaine échéance présidentielle, cette opération ne va-t-elle pas être soupçonnée d’être un prétexte pour renflouer les caisses de l’Etat en période électorale ? « Il faut éviter la confusion », répond Cissé Abdoul Kader. « Il est vrai qu’il y a des joutes électorales mais cela n’empêche pas l’Etat de fonctionner. Que nous soyons en année électorale ou non, l’Etat a des besoins d’interventions publiques pour ses tâches régaliennes. Les ressources de l’Etat sont constituées à la fois de ses ressources propres mais également des emprunts sur le marché financier. La sensibilisation que la Direction Générale du Trésor et de la Comptabilité Publique mène actuellement répond à cette part qui a besoin d’être renflouée », justifie-t-il. Les envoyés de l’Etat ivoirien se sont voulus également rassurants à l’égard de leurs concitoyens qui ont perdu leurs épargnes et investissements dans des opérations de ventes immobilières ou encore de l’agrobusiness qui se sont soldés par des échecs. « Mais ici, il s’agit d’une opération menée par l’Etat. Avec l’Etat, vous ne pouvez jamais perdre votre argent. L’Etat perdure quoiqu’il arrive parce que l’Etat est la garantie. C’est un investissement sain, sécurisé et rentable », martèle le Payeur général du Trésor.
Il faut rappeler que les différentes délégations du Trésor Public et de la Direction Générale des Ivoiriens de l’Extérieur ont déjà parcouru le Brésil (Brasilia et San Paulo), le Canada (Ottawa et Montréal), le Mexique (Mexico), la Chine (Pékin et Guangzhou) et les Etats-Unis (Houston, Atlanta, New York et Washington). Les missions en cours devraient couvrir la France (Paris et Lyon), la Belgique (Bruxelles), l’Espagne (Madrid), l’Italie (Rome et Bologne), l’Angleterre (Londres), les Pays-Bas (La Haye et Amsterdam) et l’Allemagne (Berlin).